Le déclin de l'exploitation de la pierre de Vers

Les photographies qui illustrent les rubriques de l'exploitation des carrières, du façonnage et de l'utilisation de la pierre sont antérieures à 1995, date à laquelle j'ai cédé mon entreprise. Depuis, l'exploitation de la pierre a considérablement diminuée. Sur les sept exploitations existantes alors, il n'en reste que trois dont la production est peu importante et se limite, pour la plupart, à de simples blocs sciés sans façonnage ni valeur ajoutée. 

Certains expliquent le désamour rencontré par notre pierre par une orientation de la demande vers des qualités de pierres différentes, et par la vulgarisation du matériau provoquées par la saturation du marché au cours des dernières décennies.

Mon sentiment est tout autre. En homme de la pierre, j'ai sans cesse innové dans l'emploi de ce matériau aux qualités hautement décoratives vers des formes toujours nouvelles. Mes recherches étaient principalement orientées vers la décoration de l'intérieur, l'extérieur des maisons, vers l'agrément des jardins et de notre environnement. Ceci sans chercher à augmenter les ventes en volume, tout au contraire, en y ajoutant de la valeur ajoutée: façonnage manuel plus important ou mariage avec d'autres matériaux. Cette recherche, de mettre notre pierre toujours au présent me permit de participer à des foires et salons nationaux et internationaux pour la faire connaitre sous sa véritable vocation.

Ayant ainsi agit pendant mes trente années d'activité, il me semblerait que la principale cause du désamour rencontré par notre pierre est, en grande partie, dû au manque de compétence des dirigeants des carrières en matière de création et de façonnage de la pierre. Cette incompétence jointe à l'obtention de profit avant tout, aurait conduit à un désintérêt pour un matériau dont la qualité décorative peut être employée aussi bien dans des styles classiques que contemporains. Qualité décorative qui se dispense, pour être mise en valeur et pour la pérennité du gisement, de grosses épaisseurs et de grands volumes.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Quelle meilleure référence pour la pierre de Vers que le Pont du Gard construit il y a plus de 2000 ans par les Romains. De par sa masse et les imposants blocs avec lesquels il est construit (certains pèsent plus de trois tonnes) ainsi que par son usage de passage sur la rivière Gardon, il a échappé au travail des démolisseurs. Il est probable que si l'aqueduc qui le prolonge en amont et en aval n'avait pas été récupéré en grande partie pour la construction dans la région, il continuerait, lui aussi, à défier les siècles. Rien d'étonnant que le Pont du Gard ait donné son nom à la pierre de Vers
 

Le village de Vers est construit sur une immense masse de roche calcaire compacte qui s’étend sur la presque totalité du territoire de la commune et une partie sur Castillon du Gard,  village voisin. Son origine remonte à l’ère tertiaire, époque Miocène, étage Helvétien. Je cite un passage de l’excellent ouvrage réalisé par l'association "les Amis de l’Aqueduc" sur le village de Vers :

« Les villages de Vers, Collias et Argilliers sont enfermés entre deux chaînes de collines parallèles  de l’époque crétacée délimitant une vallée fertile.

Cette vallée était jadis un vaste bassin ou plutôt un bras de mer. C’était une portion de la mer Miocène qui, au milieu de l’époque tertiaire, s’avançait vers le nord dans la vallée du Rhône.

Au fond de la mer miocène se déposèrent les sédiments considérables, qui comblèrent bientôt toute la vallée.

Le village de Vers repose entièrement sur les couches de cette mollasse miocène »

Cette masse de pierre calcaire atteint par endroit une épaisseur importante estimée à plusieurs dizaines de mètres par les géologues. Bien souvent elle est à fleur du sol, notamment dans le village ou la plupart des habitations sont construites à même la roche. Lorsqu’elle n’affleure pas le sol, une couche de terre peu importante la recouvre . Elle se trouve parfois même en surélévation

Elle a été utilisée par les Romains pour la construction de l’aqueduc et du pont Du Gard et employée par la suite pour la construction dans la région environnante. L’exploitation du gisement et la taille de pierre représentaient et représentent encore à ce jour une partie non négligeable de la vie économique du village. Vers 1880, la création d’une ligne de chemin de fer reliant Vers à Remoulins étendit progressivement son utilisation bien au delà de la région. Mis à part une interruption pendant la première guerre mondiale jusqu’en 1942, elle semble avoir été toujours exploitée depuis lépoque romaine
.
De 1966 à 1995, environ elle a connu un très fort regain d’activité et les exploitations employaient près de deux cents personnes. Elle avait une renommée qui dépassait largement les limites de nos frontières et était utilisée en majeure partie pour la décoration intérieure et extérieure dans le bâtiment, notamment la construction de cheminées et l’environnement de l’habitat. Vers la fin des années quatre-vingt-dix, la baisse du marché de la cheminée, qui constituait une grande partie du travail de la pierre, l’incidence du  coût de la main d’œuvre et l'importance prise par le béton décoratif dans le marché du bâtiment et de l'environnement de la maison, provoquèrent une notable baisse d’activité. A ce jour, les exploitations existantes sur le site occupent au maximum une cinquantaine de personnes

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C'est une mollasse coquillière de l'ère tertiaire époque Miocène, calcaire qui se situe en dureté entre la pierre tendre et la pierre demi dure. Les grains de silex et les coquillages qui la composent en majeure partie la rende très abrasive. Suivant les couches elle est plus ou moins fine ou grossière. "Elle est constituée par des dépôts coquilliers marins, réduits en fragments de différentes grosseurs. Ces fossiles sont en général des pectens, des huîtres, des balanes et une foule d'espèces habitant encore notre mer, tels les polypiers, les coraux, pointes d'oursins ... " (extrait du livre des "amis de l'aqueduc").

Le massif est compact mais plus ou moins homogène. Il comporte des parties argileuses qui ne sont pas exploitables pour de la pierre de taille. La pierre est de couleur jaune, légèrement roussâtre d'un caractère très décoratif par sa couleur et sa composition de fragments de coquillages blanchâtres. Il arrive fort souvent que l'on trouve incrustés dans les éclats de pierre, des dents de poissons parfaitement conservées d'une dimension parfois respectable, plusieurs centimètres.

Les images donnent une idée de la pierre à l'état brut, de la pierre sciée ainsi qu'un morceau de pierre dans laquelle est incrustée une dent de poisson. Les agrandissements photographiques démontrent la qualité décorative des coquillages qui composent la pierre.

Image 803 : pierre éclatée brute
Image 804 : partie à grosse coquille de l'image 803 agrandie 4 fois
Image 805 : partie coquillée de l'image 803 agrandie 10 fois
Image 806 : pierre taillée finement ponsée
Image 807 : partie coquillée de l'image 806 agrandie 8 fois
Image 808 : Morceau de pierre dans lequel est incrusté une dent de poisson
Image 809 : Agrandissement de la dent de poisson sertie dans la pierre

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